HYDRATATION DE LA PEAU – QUELQUES PRÉCISIONS

En esthétique, on parle constamment de l’hydratation de la peau, mais nos connaissances sur le sujet sont-elles suffisamment approfondies? Sachant que l’hydratation est l’un des processus les plus complexes de la physiologie cutanée et qu’elle met en cause un ensemble de facteurs interdépendants, messieurs Jean-Claude Le Joliff, Directeur Recherche et Prospective et Guy Pagniez, Directeur des Laboratoires Cosmétiques de Chanel explorent ce sujet à la base d’une belle peau en santé.

Qu’est-ce que l’eau pour la peau ?
L’eau est la substance majoritaire de la peau. En effet, l’enveloppe de notre corps est constituée pour 70 % de son poids en eau. L’eau est aussi, en quelque sorte, le secret de la vitalité et de la beauté de la peau. Lorsque la quantité d’eau est insuffisante, la couche cornée perd son élasti

cité, ce qui provoque des sensations de tiraillements couramment décrites par le terme « peau sèche ». En revanche, une peau bien hydratée est souple et douce, elle a un aspect jeune et éclatant et ne « tire » pas.

Comment l’eau circule-t-elle dans la peau ?
Le derme sert de réservoir à l’eau. Celle-ci lui est apportée par les vaisseaux sanguins qui l’irriguent. Ainsi, le derme retient l’eau par un « ensemble éponge » (principalement de l’acide hyaluronique, et des mucopolysaccharides) et la transmet à l’épiderme en même temps que les substances nutritives dont celui-ci a besoin.

Qu’est-ce que la « perte insensible en eau » ?
La peau perd son eau de deux façons distinctes : la transpiration (phénomène actif bien connu provoqué par les glandes sudoripares pour réguler la température cutanée), ainsi que la « perte insensible en eau ».

La perte insensible en eau est en fait une évaporation passive de l’eau (plus ou moins importante) à travers l’épiderme. Nous nommons la « perte insensible en eau » lorsque l’eau se fraye un passage à travers le tissu interstitiel : ainsi plus il est dense et cohérent, plus elle a de la difficulté à s’infiltrer. C’est ce qu’on appelle l’effet « barrière de l’épiderme ». C’est cette « vitesse de passage » de l’eau qui déterminera le taux d’imprégnation des différentes couches superficielles de l’épiderme.

Comment l’épiderme fixe-t-il l’eau ?
L’eau arrive dans l’épiderme et elle monte en surface vers la kératine. Là, elle est retenue par les facteurs naturels d’hydratation (NMF), qui sont situés dans la couche cornée. Les NMF sont composés principalement d’acides aminés libres (40 %), d’acide pyrrolidone carboxylique (12 %) et de lactates (12 %).

Pourquoi ne suffit-il pas d’apporter de l’eau à la peau pour l’hydrater ?
Parce que l’effet barrière de la peau joue dans les deux sens. Il est même démontré qu’une « exposition » prolongée de la peau à l’eau endommage les couches lipidiques du stratum corneum et peut provoquer des inflammations.

Est-il vrai que l’eau peut déshydrater ?
Oui. Les NMF sont des substances solubles dans l’eau. Elles peuvent donc facilement quitter la peau. Leur concentration dans l’épiderme sera fortement diminuée, avec pour conséquence une moins bonne fixation de l’eau.

Quel est le rôle des lipides dans l’hydratation ?
Il est capital. En fait, paradoxalement, une peau déshydratée est en manque d’eau parce qu’elle manque de gras. Ce sont les lipides (et notamment les céramides) qui constituent l’efficacité de l’effet barrière contre la perte insensible en eau. En surface, le film hydrolipidique, composé en partie de sébum, complète le dispositif.