l’épuisement professionnel: savoir le reconnaitre

Également appelé burnout, l’épuisement professionnel se définit comme un syndrome d’épuisement caractérisé par une fatigue physique, émotionnelle et intellectuelle générée par des sentiments d’impuissance . Au Québec, l’épuisement professionnel fait partie des problèmes de santé mentale les plus courants après les troubles anxieux et la dépression dans les milieux de travail .


par Angélique Carrière, experte en gestion de développement de spas

Selon une étude menée par les professeurs Alain Marchand et Pierre Durand, de l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et chercheurs à l’Institut de recherche en santé publique de l’UdeM (IRSPUM), ainsi que Marie-Ève Blanc, professionnelle de recherche à l’IRSPUM : « … près de 24% des salariés disent éprouver une détresse psychologique, tandis que 6% souffrent de dépression et 4% d’épuisement professionnel…Et, parmi les sous-dimensions de l’épuisement professionnel, l’épuisement émotionnel touche 12 % des employés, le cynisme 8 % et l’inefficacité professionnelle  11 %.»

Dans ce premier article de deux, nous nous attarderons aux signes précurseurs de l’épuisement professionnel.  Le travail, à l’origine de la satisfaction liée à l’accomplissement, à la sécurité financière et au développement d’un filet social peut parfois devenir un environnement de stress important pour certaines personnes ayant un impact indéniable sur le bien-être, la santé et la productivité.

L’humain et sa réponse au stress

L’humain est un être exceptionnellement complexe capable de répondre aux facteurs d’agressions physiologiques et psychologiques par l’adaptation.  Face à une situation de stress, comme la présentation d’un projet, une rencontre déterminante avec un client, la résolution d’un conflit, le corps se met en état d’alerte : augmentation du rythme cardiaque, de la respiration, de la tension musculaire et artérielle, agitation, nervosité ou  poussée d’énergie subite.  Une fois la situation passée, le corps retrouve son équilibre.  Toutefois, si les situations de stress sont chroniques (situations quotidiennes et récurrentes sur une période prolongée dans le temps, comme une surcharge de travail perpétuelle, un conflit, du harcèlement quotidien ou une faible reconnaissance des accomplissements et de l’implication dans le temps), l’adaptation demandée n’est plus momentanée.  La dépense d’énergie tant émotionnelle, physique que physiologique pour faire face à cette situation et s’y adapter devient constante.

C’est alors que l’anxiété, la colère, la peur, la fatigue, les troubles du sommeil, la difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions peuvent faire leur apparition.  Ces réactions émotionnelles, physiques et psychologiques sont le signal que les limites sont dépassées et que la réserve d’énergie s’épuise ou est épuisée.

L’épuisement professionnel se traduit donc par l’épuisement des ressources d’énergie, psychologiques et/ou physiques. Il en résulte un sentiment d’échec, de dépersonnalisation (le sentiment de ne plus être soi-même) ainsi qu’une fatigue émotionnelle (les individus se disent usés, brisés).

En résumé, l’épuisement présente des signes distincts.  Si vous remarquez la présence de plusieurs signaux, il est important de rétablir votre balance d’énergie, de faire des dépôts dans votre compte d’énergie, car le niveau d’énergie influence notre interprétation et notre réaction face aux situations.

Des outils pour accéder à un mieux-être et prévenir l’épuisement professionnel.   

Les outils et efforts permettant d’améliorer sa résistance au stress, sa condition physique et son bien-être, varient selon le niveau d’énergie présent.  Certaines pistes de solutions peuvent s’avérer tout à fait justifiées en phase aiguë d’épuisement, là où la solitude et le désespoir sont au rendez-vous et beaucoup moins pertinentes en phase de rétablissement lorsque l’on retrouve l’équilibre. Dans tous les cas, les dépôts fait à la banque d’énergie ont leur importance.

Une saine alimentation

Lorsque le stress devient chronique, une partie importante de l’énergie est concentrée sur la réaction au stress entraînant ainsi un appauvrissement des ressources énergétiques et immunitaires.  Des études associent l’épuisement professionnel à une carence en vitamine B12, B9 et magnésium.  Il est important d’intégrer à son alimentation tous les groupes alimentaires afin de bien nourrir son corps et ainsi l’aider à faire face à la demande énergétique que requiert le corps lorsqu’il fait face à une situation d’urgence et de stress, que le stress soit chronique ou non.

Vision panoramique

À certaines étapes de l’épuisement, la personne épuisée à tendance à faire le focus sur ce qui est négatif et à alimenter ce type de pensée.  Il devient donc important de prendre un pas de recul et de voir la situation dans son ensemble et de faire le focus sur certains éléments positifs lorsque possible.  S’entourer de personne ayant une perspective autre peut également être aidant.  Ces personnes deviennent un groupe de soutien, font barrière aux pensées négatives et favorisent une meilleure prise de décision chez la personne qui est épuisée.

Faire une tâche à la fois

Après une journée difficiles pendant laquelle plusieurs problèmes sont survenus, vous pouvez choisir de relever un défi (au lieu d’un problème) à la fois.  Il est toujours plus motivant et facilitant de voir plusieurs petits problèmes en plusieurs défis relevés.  Régler ce qui peut être réglé permet d’alléger le fardeau et de diminuer le stress.  Vous aurez ainsi la satisfaction d’avoir relevé plusieurs petits défis.  Un impact positif pour l’estime et la confiance en soi.

 Exercice et plein air

Selon les dernières études cliniques, l’activité physique a un effet positif physiologique et psychologique.  Psychologiquement, l’exercice physique a un effet de « renforcement de l’estime de soi, le sentiment d’auto-efficacité et de contrôle de soi. L’activité physique favoriserait également l’interruption des pensées négatives associées au stress, à la dépression et à l’anxiété. »[1].

De surcroit, l’activité physique « stimule la sécrétion de monoamines et d’endorphine, reconnus respectivement pour leur effet antidépresseur… Les monoamines, dont la sérotonine notamment, sont reconnues pour leur effet antidépresseur et leur fonction de régulation de l’humeur. La sécrétion d’endorphine qui résulte de l’activité physique permet de réduire la douleur, de procurer une sensation euphorique et, par conséquent, de diminuer les effets néfastes dus au stress. On sait aussi que l’activité physique provoque une augmentation de la température corporelle et favorise une meilleure circulation sanguine au niveau du cerveau; ces effets ont un impact direct sur la régulation hormonale en diminuant la réactivité physiologique au stress »[2].  Alors, on s’efforce de sortir prendre une marche ou de courir quelques minutes selon son niveau d’énergie.

Prendre le temps

Chaque personne étant différente, certaines doivent s’arrêter de travailler et entamer un processus de réflexion et de changement accompagné d’une aide professionnelle.  D’autres dont l’énergie est encore présente, mais moindre, peuvent s’attribuer du temps afin de cotiser à leur compte d’énergie.  Le plaisir, le rire, le bonheur ressenti lors de ces moments bonifient le dépôt d’énergie.  Ce sont des bénéfices sur les dépôts !

Le meilleur outil reste la prévention.  S’octroyer du temps et des loisirs afin de toujours faire les dépôts nécessaires et ainsi maintenir son compte d’énergie en équilibre.  Il n’y a pas une seule recette, mais il faut certainement trouver sa propre recette, celle qui permet d’en tirer le plus de bénéfices.

 

Article publié  dans l’édition NOVEMBRE- DECEMBRE ET JANVIER FÉVRIER 2021 du magazine LES NOUVELLES ESTHÉTIQUE SPA CANADA

[2] https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/2037_bouger_sante_mentale.pdf
https://www2.gouv.qc.ca/entreprises/portail/quebec/infosite?lang=fr&x=3109472046